Mythe de la création Baruya

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Dans leur mythe d’origine, la femme primordiale tombe enceinte en mangeant des fruits d’un arbre masculin. Qu’on en juge :
« Kouroumbingac vivait seule, sans homme, et avec un chien sauvage, Djoué. Un jour, elle mangea les fruits d’un arbre très droit, et est devenue enceinte. Le chien qui l’accompagnait, la voyant enceinte, pénétra la nuit dans son ventre par son sexe et dévora la tête du fœtus. La femme accoucha d’un enfant sans tête  C’était une fille. Elle continua son voyage et mangea de nouveau des fruits du même arbre. De nouveau, elle tomba enceinte et le chien, s’en étant rendu compte, pénétra la nuit dans son ventre et cette fois dévora les bras et les jambes du fœtus. Elle accoucha d’un enfant mort. C’était un garçon. Apercevant des traces de sang sur le corps du chien, elle devina qu’il était coupable. Il s’enfuit et elle se mit à le poursuivre par monts et par vaux pour se venger. Finalement, le chien trouva refuge au fond d’une caverne. La femme retrouva ses traces, et son esprit fit pousser des arbres autour de la caverne qui en bouchèrent l’entrée. Elle quitta alors les lieux, abandonnant le chien à la mort.
Mais celui-ci, par sa force magique, réussit à fendre la caverne et son esprit s’échappa, se transformant en aigle, l’oiseau de Soleil, le père de tous les Baruya. Sa peau et ses os restèrent à pourrir dans la caverne et se métamorphosèrent en diverses espèces d’animaux qui sont aujourd’hui le gibier que chasse les Baruya dans les forêts et auprès des cours d’eau et qui sont consommés dans les initiations. Cependant le chien sauvage continua d’exister en (152) tant que chien, se tenant loin des hommes, et il vit aujourd’hui sur les pentes du mont Yélia, un volcan qui domine les montagnes des Baruya. Il est aussi devenu le compagnon secret des chamanes et son esprit vient rejoindre ceux-ci chaque fois qu’ils pratiquent les rites de guerre ou interviennent en cas d’accouchement difficile. »
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« Kouroumbingac poursuivit son chemin, mangea de nouveau du fruit de l’arbre et accoucha, cette fois sans problème, d’un garçon. L’enfant grandit, et plus tard il fit l’amour avec sa mère et de leurs rapports naquirent d’abord un fils puis une fille. Plus tard, le frère et la sœur firent à leur tour l’amour, et de leurs unions naquirent les ancêtres des Baruya et de tous les hommes qui vivent en Nouvelle-Guinée. »

Maurice GODELIER : Au Fondement des Sociétés Humaines. Paris, Albin Michel, 2007, 152-158

Il est intéressant de noter que la femme est enceinte sans l’intervention d’un homme. On retrouve un mythe de la Création semblable chez d’autres peuples. Les Hurons, par exemple, attribuent la naissance de l’humanité à Aataentsic, la femme primordiale qui, enceinte sans aucune intervention masculine, donna naissance à une fille.

(Note: Je n’explique pas le fait que l’auteur qualifie de « masculin » l’arbre dont la femme primordiale mange les fruits, rien dans le texte ne justifiant l’attribution d’un genre à cet arbre – même si les Baruya font boire la sève d’un arbre au début des rites d’initiation des jeunes garçons, cette sève symbolisant le semen que les garçons auront à ingurgiter plus tard.)

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